Le dépistage du cancer du col de l’utérus : une prévention clé pour les femmes de 25 à 65 ans dans les Ardennes

4 novembre 2025

Le cancer du col de l’utérus figure parmi les cancers féminins qui peuvent être évités, ou du moins repérés à un stade très précoce, grâce au dépistage. Pourtant, dans les Ardennes comme ailleurs en France, il souffre d’une double difficulté : il est entouré de tabous et sa prévention reste trop méconnue. Entre 25 et 65 ans, chaque femme est invitée à participer gratuitement à ce dépistage, mais pourquoi cette tranche d’âge précisément ? Quelles réalités locales se cachent derrière ces invitations à passer un frottis ou un test HPV ? Penchons-nous sur ce sujet qui concerne, directement ou indirectement, presque toutes les familles ardennaises.

Si le cancer du col de l’utérus inquiète moins que d’autres cancers, il représente pourtant près de 3000 nouveaux cas par an en France (INCa). Ce chiffre pourrait être réduit, car ce cancer est lent à se développer. Il laisse donc le temps d’intervenir, à condition d’organiser un dépistage systématique et accessible.

Le dépistage permet de détecter des lésions précancéreuses, voire un cancer à un stade précoce, offrant ainsi un traitement plus simple et des chances de guérison élevées. Selon Santé Publique France, près de 90% des cancers du col peuvent être évités grâce à un dépistage régulier.

Le choix de cibler les femmes entre 25 et 65 ans dans l’organisation du dépistage organisé repose sur plusieurs données épidémiologiques et biologiques.

  • Avant 25 ans : Les infections à HPV sont très fréquentes, mais le plus souvent, elles disparaissent d’elles-mêmes dans les deux ans. Débuter le dépistage avant expose surtout à des surdiagnostics et à des traitements inutiles.
  • Entre 25 et 30 ans : Le frottis cervico-utérin est recommandé tous les trois ans, généralement après deux tests négatifs à un an d’intervalle. C’est à cette période que le risque de lésions précancéreuses commence à augmenter doucement.
  • De 30 à 65 ans : On alterne désormais entre frottis et test HPV selon l’âge. Le risque ne diminue pas nettement avant 65 ans, d’où la poursuite du dépistage. Au-delà, le cancer du col de l’utérus devient très rare, particulièrement chez les femmes régulièrement suivies.

En résumé, la stratégie vise à protéger au mieux, tout en évitant des examens inutiles avant ou après cette période. Ces recommandations sont harmonisées au niveau national (HAS), mais elles prennent tout leur sens dans les régions où la couverture du dépistage reste insuffisante, comme dans les Ardennes.

La participation au dépistage organisé dans les Ardennes reste en dessous de la moyenne nationale selon l’Observatoire Régional de Santé Grand Est :

  • Environ 53% des Ardennaises concernées participent au dépistage, contre 58% en France métropolitaine (ORSGE 2023).
  • Chaque année, plus de 10 femmes sont diagnostiquées avec un cancer du col dans le département, et 3 à 5 en décèdent (registre régional des cancers Lorraine-Ardennes, 2022).
  • Certaines disparités sont marquées entre zones rurales et urbaines, avec une sous-participation plus marquée dans les secteurs isolés du nord du département.

Une autre réalité locale : l’accès au dépistage peut être compliqué par la pénurie de gynécologues, la méconnaissance de la gratuité du test (dans le cadre du programme organisé), ou le sentiment qu’il s’agit d’un examen désagréable, voire tabou.

Aujourd’hui, le dépistage du cancer du col de l’utérus repose principalement sur deux types de tests :

  1. Le frottis cervico-utérin : réalisé à l’aide d’une petite brosse, il permet de recueillir des cellules sur le col de l’utérus. Il est recommandé entre 25 et 29 ans tous les trois ans après deux premiers tests à un an d’intervalle.
  2. Le test HPV (Human PapillomaVirus) : il détecte directement la présence de virus à haut risque de cancer. Il est conseillé à partir de 30 ans, tous les cinq ans si le test est négatif.

Ces examens sont simples, rapides (quelques minutes), réalisés en cabinet médical, auprès d’un gynécologue, d’un médecin généraliste, d’une sage-femme et depuis peu, dans divers centres de santé (y compris certains laboratoires dans le département).

Quelques éléments propres à notre territoire peuvent rendre la vigilance encore plus nécessaire :

  • Tabac : Le taux de tabagisme féminin dans les Ardennes dépasse la moyenne nationale (État de santé Grand Est, 2022), or le tabac double le risque de lésions précancéreuses du col.
  • Inégalités d’accès aux soins : L’éloignement de certains professionnels, ou le manque de suivi gynécologique régulier, freine la participation au dépistage.
  • Précarité : Elle est plus élevée que la moyenne nationale, ce qui peut accentuer la méfiance, le report des soins ou l’ignorance de la gratuité du dépistage pour toutes.

Ces facteurs aggravent encore l’importance du dépistage dans la région.

Depuis 2018, le dépistage du cancer du col de l’utérus est organisé à l’échelle nationale, prenant en compte les populations les moins suivies. Chaque femme concernée reçoit un courrier de l’Assurance Maladie, l’invitant à réaliser un frottis ou un test HPV. Cela ne remplace pas un suivi gynécologique personnalisé, mais permet de « rattraper » toutes celles qui, pour des raisons variées, n’auraient pas fait cet examen.

  • Toutes les femmes entre 25 et 65 ans sont éligibles, avec ou sans mutuelle, même si elles n’ont pas de suivi gynécologique régulier.
  • L’examen est pris en charge à 100% dans le cadre du programme organisé, donc aucun reste à charge.
  • En cas de résultat anormal, un accompagnement est proposé pour des examens complémentaires.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans les pays qui ont instauré un dépistage généralisé, le nombre de décès liés au cancer du col a chuté de plus de 70% (OMS). En France, on estime que seulement 6 femmes sur 100 000 meurent chaque année de ce cancer, alors qu’elles étaient presque 20 il y a 30 ans.

Cela signifie que plus d’un millier de vies sont sauvées chaque année par ce dépistage (Santé Publique France). Mais le potentiel n’est pas encore totalement exploité, surtout dans les territoires où le taux de dépistage reste trop bas.

  • Peut-on se faire dépister si on n’a jamais eu de rapports sexuels ? En absence de rapports, le risque est quasi nul, mais c’est au professionnel de santé de conseiller au cas par cas.
  • Le test est-il douloureux ? Il peut être inconfortable, mais il ne doit pas être douloureux. Si c’est le cas, il faut le signaler au praticien.
  • Toutes les femmes sont-elles concernées, même opérées ? Après ablation totale de l’utérus, le dépistage n’est plus nécessaire, mais il reste conseillé dans d’autres cas. Toujours demander l’avis du médecin.
  • Et la vaccination contre le HPV ? Elle complète le dépistage, mais ne le remplace pas. La France recommande la vaccination des garçons et des filles à partir de 11 ans.

Des informations détaillées sont sur le site de l’Assurance Maladie et du INCa.

  • Des Points Relais Santé (avec présence de sages-femmes) organisent des campagnes d’information et de dépistage près de Charleville et Sedan plusieurs fois par an.
  • La Maison des Adolescents des Ardennes inclut aussi, pour les jeunes femmes, des séances de prévention et de repérage précoce, avec possibilité d’orienter vers un professionnel pour le dépistage si besoin.

Enfin, certains laboratoires proposent, sur prescription, l’autoprélèvement pour le test HPV, alternative intéressante pour celles qui redoutent l’examen médical classique.

Le dépistage du cancer du col de l’utérus, loin d’être un simple geste technique, s’inscrit dans une démarche de liberté et de prise en main de sa santé. Lever les tabous, s’informer, parler de ce dépistage à ses proches ou à ses collègues, c’est aussi contribuer à faire reculer la maladie. Dans les Ardennes, le chemin vers une couverture optimale reste à franchir, mais chaque initiative, chaque prise de rendez-vous compte.

Des questions ? N’hésitez pas à consulter les sites de référence, à en parler à votre médecin, ou à participer aux prochaines actions de prévention prévues dans le département.

Sources : INCa, Santé Publique France, Observatoire Régional de Santé Grand Est, Registre des cancers Lorraine-Ardennes, HAS, OMS, Assurance Maladie.