Comprendre la meilleure fréquence pour le dépistage du col de l’utérus selon l’âge : repères pratiques pour les Ardennaises

8 novembre 2025

Le dépistage du cancer du col de l’utérus est un geste de prévention majeur. Il permet de détecter à temps des lésions précancéreuses ou un cancer à un stade précoce, avant l’apparition de symptômes. En France, chaque année, environ 3 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus sont diagnostiqués et 1 100 décès sont recensés, selon Santé publique France. Pourtant, ce cancer pourrait quasiment disparaître si toutes les femmes concernées participaient au dépistage à la fréquence recommandée (Institut National du Cancer).

La fréquence du dépistage par frottis (ou test HPV) varie principalement selon l’âge et le contexte médical. L’objectif est d’assurer un suivi adapté, ni trop rapproché ni trop espacé, pour être efficace tout en évitant des examens inutiles.

18 à 24 ans : dépistage sur indication médicale

Le dépistage systématique n’est pas recommandé avant 25 ans, sauf contexte particulier (antécédents de lésions précancéreuses, immunodépression, symptômes inexpliqués…). L’infection par le papillomavirus humain (HPV), principale cause du cancer du col, est très fréquente juste après le début de la vie sexuelle, mais disparaît dans la majorité des cas spontanément chez les jeunes femmes.

  • Entre 18 et 24 ans, un examen gynécologique reste important tous les ans pour d’autres aspects de la santé, mais le dépistage du col ne se prescrit qu’à la demande ou en cas de symptômes.
  • La vaccination anti-HPV avant l’âge de 19 ans est le geste de prévention le plus efficace à cet âge, avec un schéma en deux ou trois doses selon le calendrier vaccinal.
  • Source : Haute Autorité de Santé, 2022 (HAS)

25 à 29 ans : le frottis tous les 3 ans

À 25 ans débute le dépistage systématique. Le premier test, un frottis cervico-utérin, doit être réalisé puis renouvelé un an plus tard. Si ces deux tests successifs sont normaux, le suivi se poursuit ensuite tous les 3 ans.

  • Entre 25 et 29 ans : un frottis tous les 3 ans (après les deux premiers espacés d’un an).
  • Le test HPV n’est pas recommandé en première intention avant 30 ans : le frottis (examen cytologique) reste la méthode de référence.
  • L’objectif : détecter très tôt des lésions précancéreuses pour éviter l’apparition d’un cancer.

30 à 65 ans : place au test HPV et dépistage tous les 5 ans

À partir de 30 ans, l’évolution des connaissances scientifiques a permis d’introduire le test HPV comme examen de dépistage de référence. Il détecte la présence de virus à haut risque oncogène directement, ce qui permet d’espacer les contrôles.

  • De 30 à 65 ans : test HPV tous les 5 ans si le précédent est normal.
  • En cas de résultat positif sans anomalie cellulaire, un contrôle supplémentaire peut être nécessaire (à 1 an par exemple, selon protocole médical).
  • Entre 30 et 65 ans, le dépistage reste pertinent même en l’absence de symptômes, de partenaire ou après la ménopause.

Bon à savoir : si vous êtes vaccinée contre le HPV, le dépistage reste tout aussi important, car la vaccination ne protège pas contre tous les types de virus oncogènes.

Après 65 ans : faut-il continuer le dépistage ?

Si les derniers tests (entre 60 et 65 ans) étaient normaux et qu’il n’existe pas de facteur de risque particulier, il est possible d’arrêter le dépistage à partir de 65 ans. Toutefois, un suivi peut rester recommandé dans certains contextes, parlez-en avec votre médecin.

En France, la couverture du dépistage du cancer du col de l’utérus reste insuffisante : environ 62 % des femmes (25-65 ans) ont réalisé un test entre 2019 et 2021, avec des écarts importants selon les régions (INCa, 2023).

  • Dans le Grand Est, le taux avoisine la moyenne nationale, mais les Ardennes affichent une couverture souvent en-dessous de 60 %.
  • Les disparités existent selon l'accès au soin, la précarité, l’isolement rural, ou encore la méconnaissance des recommandations.
  • Dans certains cantons ruraux des Ardennes, moins d’1 femme sur 2 est à jour de son dépistage, ce qui pénalise sérieusement la prévention.

Rattraper un dépistage oublié, même après plusieurs années, a un réel impact sur la prévention. Aucun retard n’est perdu.

  • Je n’ai jamais eu de rapports sexuels, dois-je me faire dépister ? Sans rapport vaginal, le risque de développer un cancer du col de l’utérus lié au HPV est extrêmement faible ; le dépistage n’est alors pas nécessaire.
  • J’ai eu une ablation de l’utérus (hystérectomie) : dois-je continuer les frottis ? Si l’utérus a été retiré pour des raisons non cancéreuses, le dépistage peut être interrompu sauf avis contraire.
  • J’ai eu des partenaires multiples, dois-je faire des frottis plus souvent ? Le calendrier recommandé reste le même, mais une vigilance accrue s’impose : parlez-en avec un professionnel si une exposition récente au HPV est suspectée.
  • Un frottis tous les trois ans, n’est-ce pas trop espacé ? Les données épidémiologiques montrent que le délai de 3 à 5 ans, selon l’âge, est suffisant pour détecter précocement les lésions avant qu’elles n’évoluent en cancer.

Le test de dépistage du cancer du col de l’utérus est pris en charge à 100% tous les 3 à 5 ans selon l’âge, sans avance de frais. Il peut être réalisé chez :

  • un gynécologue,
  • votre médecin généraliste,
  • une sage-femme,
  • en centre de santé ou centre de planification et d’éducation familiale, présents à Charleville-Mézières, Rethel, Sedan, etc.
  • Lors de campagnes de dépistage organisées ponctuellement dans le département.

A Charleville-Mézières, par exemple, des créneaux dédiés au dépistage sont régulièrement proposés dans les Maisons de Santé et dans certains centres hospitaliers. La liste des lieux de dépistage est disponible auprès de l’Assurance maladie ou du Centre régional de coordination des dépistages des cancers du Grand Est (GE Dépistage).

Car le cancer du col de l’utérus met généralement de 10 à 20 ans à se développer à partir des premières lésions. Cette lenteur est une chance : elle permet, grâce à un test régulier, de détecter les cellules anormales bien avant l’apparition d’un cancer déclaré.

Ne pas attendre d’avoir des symptômes pour consulter : saignements hors règles, douleurs pelviennes ou pertes inhabituelles doivent alerter, mais rappelons que le dépistage intervient justement en l’absence de plainte.

Dans les Ardennes aussi, le dépistage est un enjeu collectif. Abandonner la gêne, oser poser la question au professionnel de confiance, c’est déjà se protéger. Et si le dernier frottis date d’il y a plusieurs années, il n’est jamais trop tard pour le réaliser : chaque dépistage compte, à tout âge.

Tranche d’âge Recommandation Type de test
18-24 ans Dépistage si indication médicale particulière Frottis selon situation
25-29 ans 1er test à 25 ans, 2e à 26 ans, puis tous les 3 ans Frottis cervico-utérin
30-65 ans Tous les 5 ans (si normal) Test HPV (en priorité)
Après 65 ans Arrêt si 2 derniers tests normaux et pas de risque particulier -

Partager une information claire peut changer bien des choses. Beaucoup de jeunes femmes, de mères ou de sœurs hésitent encore par crainte, gêne ou méconnaissance. Informer sur la fréquence adaptée du dépistage, c’est aussi permettre à chacune de reprendre la main sur sa santé, à son rythme, sans pression. Pour s’informer, des brochures sont accessibles sur le site de l’INCa et en version papier dans toutes les structures d’accueil santé des Ardennes.

Le dépistage du col de l’utérus n’est pas qu’un rendez-vous médical : c’est un appui pour vivre plus librement, et en parler autour de soi, c’est déjà prendre soin des autres.