Vaccinées contre le HPV : le dépistage du col de l’utérus reste-t-il nécessaire quand on est jeune Ardennaise ?

12 novembre 2025

Le papillomavirus humain (HPV) est l’un des virus les plus fréquents au monde. D’après Santé publique France, près de 80 % des hommes et des femmes sexuellement actifs seront exposés au moins une fois à un HPV au cours de leur vie (Santé publique France). Dans les Ardennes comme ailleurs, les campagnes de vaccination se sont intensifiées ces dernières années, notamment depuis que la vaccination est prise en charge à 100 % pour les jeunes filles et les jeunes garçons de 11 à 14 ans (avec rattrapage possible jusqu’à 19 ans révolus).

La couverture vaccinale dans le département reste cependant modérée : selon les dernières données régionales de l’ARS Grand Est (2023), environ 39 % des jeunes femmes de moins de 20 ans dans les Ardennes ont reçu un schéma vaccinal complet contre le HPV, soit mieux que la moyenne nationale mais encore loin des 80 % recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé pour un effet populationnel optimal.

Le HPV est responsable de plus de 99 % des cancers du col de l’utérus mais aussi d’autres cancers anogénitaux et oropharyngés. Les recommandations de prévention reposent donc sur deux leviers qui se combinent mais ne se remplacent pas : la vaccination et le dépistage organisé.

Le vaccin contre le HPV protège contre les principaux types de virus à haut risque (notamment les types 16 et 18, impliqués dans 70 % des cancers du col de l’utérus selon l’Institut National du Cancer : INCa).

  • Schéma vaccinal complet recommandé avant le début de la vie sexuelle, pour une protection maximale.
  • Protection élevée : études cliniques montrent une réduction de 90 % des lésions précancéreuses chez les femmes vaccinées jeunes (Haute Autorité de Santé).
  • Prévention des cancers du col de l’utérus, mais aussi effet sur la diminution des lésions précancéreuses du vagin, de la vulve et de l’anus.

Cependant, aucun vaccin actuel ne protège contre tous les types de HPV. Les vaccins les plus récents (Gardasil 9®) couvrent 9 types de HPV sur plus de 200 existants ; or, une minorité de cancers sont dus à des types non inclus dans le vaccin.

Que signifie « être protégée à 100 % » ?

Aucune intervention préventive n’offre une garantie absolue. Même vaccinée jeune et avant toute exposition, le risque de développer une lésion liée au HPV n’est jamais nul. C’est pourquoi le dépistage reste conseillé.

Le dépistage du cancer du col de l’utérus consiste à rechercher chez les femmes qui n’ont pas de symptômes une infection persistante par HPV ou la présence de cellules anormales sur le col de l’utérus (frottis cervical ou test HPV, selon l’âge).

  • Les dernières recommandations : toutes les femmes de 25 à 65 ans, vaccinées ou non, doivent suivre le dépistage selon les modalités fixées par l’Assurance Maladie (Ameli).
  • Pour les 25-29 ans : frottis cervical tous les 3 ans, après deux examens normaux à un an d’intervalle.
  • À partir de 30 ans : test HPV tous les 5 ans si le frottis est normal.

Même chez les jeunes femmes vaccinées, la détection précoce de lésions précancéreuses sauve des vies : selon l’INCa, l’introduction du dépistage en population générale a permis de diminuer de moitié le taux de mortalité par cancer du col de l’utérus (INCa chiffres clés).

Les cas chez les femmes vaccinées

Les premières données de suivi international nous disent que le risque de cancer invasif est fortement réduit parmi les femmes vaccinées dans l’adolescence, mais non supprimé. Par exemple, une vaste étude suédoise (NEJM, 2020) a montré une réduction de 88 % du risque de cancer invasif du col de l’utérus chez les femmes vaccinées avant 17 ans. Mais certains cas surviennent encore, notamment liés à des types de HPV non couverts, à un schéma incomplet ou à une exposition avant la vaccination.

  • 10 à 30 % des cancers du col pourraient être causés par des types de HPV autres que ceux visés par le vaccin (source : OMS).
  • Des lésions graves peuvent aussi toucher des femmes vaccinées tardivement ou incomplètement.
  • La vaccination en France date seulement de 2007, le recul épidémiologique dans la population adulte est donc encore en cours d’approfondissement (SPF).

Dans notre département, il n’est pas rare de rencontrer des situations variées :

  • Jeune femme vaccinée à 15 ans, début de la vie sexuelle à 17 ans : excellent niveau de protection contre les HPV visés, mais le dépistage doit débuter à 25 ans.
  • Jeune femme vaccinée après le début de la vie sexuelle : efficacité réduite, le dépistage s’avère encore plus crucial.
  • Schéma vaccinal incomplet ou inconnu : la protection est incertaine, impossible de s’en passer.
  • Antécédents de lésions précancéreuses chez un proche : le suivi régulier du dépistage reste incontournable, même vacciné.

Dans tous les cas, les professionnels de santé, du médecin traitant au gynécologue, peuvent adapter la fréquence du dépistage en fonction des antécédents et du statut vaccinal.

  • En 2023 : 63 % des femmes de 25 à 65 ans dans les Ardennes ont eu un dépistage à jour (source : ARS Grand Est).
  • Chaque année, une vingtaine de nouveaux cas de cancer du col de l’utérus sont diagnostiqués dans les Ardennes.
  • La majorité des cancers du col sont diagnostiqués chez des femmes n’ayant pas suivi régulièrement le dépistage (INCa, 2023).
  • Depuis la création du dépistage organisé en 2018, la proportion de diagnostics à un stade précoce a augmenté, améliorant les chances de guérison.
  • La vaccination progresse : en 2018, seulement 25 % des jeunes femmes de moins de 18 ans avaient eu au moins une dose de vaccin ; elles sont aujourd’hui près de 39 % (données ARS Grand Est).

La stratégie actuelle de santé publique est claire, localement comme au niveau national : vacciner le plus tôt possible et poursuivre le dépistage selon les recommandations, pour toutes les femmes entre 25 et 65 ans.

Le bénéfice de la vaccination est d’autant plus important que la couverture vaccinale augmente : dans certains pays comme l’Australie, où plus de 80 % des adolescentes sont vaccinées, on commence à observer une quasi-disparition du cancer du col chez les jeunes femmes, mais le dépistage demeure proposé jusqu’à ce que l’impact populationnel soit consolidé (Australian Government).

Pour les Ardennaises, l’idéal est donc de :

  • Bénéficier du vaccin dès le collège (dès la première année d’éligibilité, schéma remboursé et proposé par l’Éducation nationale en lien avec l’ARS).
  • Ne pas attendre des symptômes pour débuter le dépistage : le cancer du col de l’utérus évolue longtemps sans signe.
  • Respecter le calendrier proposé : 2 frottis à un an d’intervalle à partir de 25 ans, puis tous les 3 ans (25-29 ans) / tous les 5 ans (30-65 ans avec test HPV inclus).
  • Parler à son médecin de sa situation : date et nombre de doses du vaccin, parcours préventif, situations particulières (immunodépression, antécédents familiaux).
  • Le vaccin protège contre les principales formes de HPV à haut risque, mais pas contre tous.
  • Le dépistage détecte précocement toutes les lésions, même causées par des types non couverts par le vaccin.
  • Aucune protection n’est totale : la vigilance reste de mise, surtout si le schéma vaccinal est incomplet, tardif ou inconnu.
  • Le dépistage régulier reste la manière la plus efficace de prévenir le cancer du col de l’utérus chez l’adulte, y compris chez les jeunes femmes vaccinées.

La vaccination contre le HPV est un progrès formidable pour la santé des jeunes générations dans les Ardennes. Pourtant, tant que toutes les Ardennaises n’auront pas un schéma vaccinal complet et que les études ne permettront pas d’envisager de modifier les recommandations, poursuivre le dépistage reste indispensable.

Agir tôt, s’informer, partager : c’est ainsi que le cancer du col de l’utérus pourra, demain, devenir une maladie aussi rare que possible. N’hésitez pas à en parler autour de vous, à rappeler aux jeunes femmes la double importance du vaccin et du suivi, et à consulter pour toute question ou situation spécifique, dans votre cabinet de ville ou votre centre de santé local.

Gardons en tête que la protection la plus efficace est celle qu’on construit ensemble, en associant toutes les forces de la prévention dans notre département.